Paru le : 03/02/2004 dans le
quotidien Le Parisien
Localité : Forfry
C'est le grand retour de la classe unique
En septembre, il y aura dans
le département 70 classes uniques *. Jusque-là organisé
en RPI (regroupement pédagogique intercommunal), le village
de Forfry vient en effet d'obtenir l'autorisation de mettre en
place une classe de ce type pour la rentrée prochaine.
Du CP au CM 2, tous les enfants se retrouvent dans la même
classe, avec un seul enseignant. Une sorte d'école de campagne
à l'ancienne, racontée dans le film documentaire
" Etre et avoir ", le tout à quelques kilomètres
de Disney.
" Ce type de structure s'adresse à des petites communes
n'ayant pas assez d'enfants pour avoir une école, explique-t-on
du côté de l'inspection académique de Melun.
Toutefois la tendance est plutôt au RPI. "
Dans un RPI, les villages se regroupent, l'un accueillant la maternelle,
l'autre le primaire, par exemple.
Les enfants doivent alors se
déplacer. Mais à Forfry, on a préféré
la classe unique, offrant plus de proximité, de convivialité
et d'animation au sein de la commune. " Nous étions
en RPI avec Puisieux, Le Plessis-Placy et Douy-la-Ramée,
explique le maire de Forfry, Pascal Guillaume.
C'était un peu compliqué, il y avait de gros soucis
de transports.
Au début, les parents
étaient inquiets
Comme nous avions suffisamment d'enfants, nous avons décidé
de faire une demande de classe unique auprès de l'académie.
Nous avons organisé des réunions avec les parents.
Au début ils étaient un peu inquiets, mais on a
réussi à les convaincre. " Car selon les études
sur les classes uniques, les enfants scolarisés dans ce
type de structure seraient meilleurs que les autres."
"C'est vrai, explique
Brigitte Poujade, inspectrice de l'éducation nationale
de Dammartin-en-Goële.
Lors de l'évaluation de CE 2, ces élèves
sont très bons. D'un côté, ces classes vont
à l'essentiel, et n'approfondissent peut-être pas
toutes les notions comme les classes classiques. De l'autre, les
élèves y apprennent l'autonomie et la responsabilité.
"
* Dans le nord du département, on compte notamment Marchemoret,
Mauregard, Bailly-Romainvilliers (groupe 3), Barcy, Marcilly,
Le Plessis-aux-Bois, Le Plessis-l'Evêque, Coulommes, Saint-Fiacre,
Villemareuil, Villeneuve-Saint-Denis, Charmentray, Vaucourtois.
Alexandra Echkenazi
Parution du : 03/02/2004
Marchemoret plébiscite la sienne
VENDREDI, 8 h 40. Le cours de la classe unique de Marchemoret
a commencé. La salle de classe est partagée en deux.
D'un côté, les élèves de premier cycle,
de l'autre ceux du second. Un tableau noir pour chaque groupe
et le maître au milieu. En tout, seize enfants, du CP au
CM 2, autour d'un seul enseignant. Dès les premières
minutes, on sent que l'on n'est pas dans une classe comme les
autres. Une fois le moment de langage passé (temps de parole
accordé aux enfants), chacun sort son plan de travail.
" C'est comme un contrat de travail, explique la petite Cindy,
9 ans. On en a tous un. Le maître y met tout ce qu'on doit
faire dans la semaine. " Le plan est différent en
fonction du niveau de l'élève. " J'ai un exercice
de conjugaison, continue Cindy. Je le fais toute seule. Puis je
me corrige toujours toute seule avec les cahiers qui sont là-bas
sur la table. Si j'ai un problème, je demande à
un grand. Et s'il n'arrive pas à m'expliquer, je vais voir
le maître. Je me mets la note que je pense mériter,
puis le maître corrige. "
" Je me sens mieux ici "
Pendant ce temps, ce dernier fait la leçon à des
petits groupes d'enfants, en fonction de leur âge. Pas plus
de trois, en moyenne. Les autres élèves, bien que
livrés à eux-mêmes, sont d'un calme étonnant.
Aucun adulte derrière eux, pourtant ils ne chôment
pas. Afin de ne pas se gêner, tout le monde chuchote. "
Je viens d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), raconte Anthony,
11 ans et demi. J'ai toujours été dans des classes
classiques. Je n'étais pas bon et j'ai redoublé.
Depuis que je suis ici, je me sens mieux. Les petits me demandent
de les aider. J'aime bien leur expliquer. Mes notes sont meilleures."
D'ailleurs, ici, la notion de redoublement n'est pas la même
: en effet, on peut redoubler une seule matière.
Alexandra Echkenazi
Parution du : 03/02/2004
LE TEMOIN DU JOUR
DAVID, instituteur
" Les enfants sont plus épanouis "
Il tient à lui tout seul les 16 élèves de
la classe unique de Marchemoret. " Je suis ici depuis deux
ans, raconte David.
C'est mon premier poste, j'ai été volontaire. Mon
collègue de Mauregard, lui aussi en charge d'une classe
unique, m'aide beaucoup. Les instits ne sont pas nombreux à
vouloir s'occuper de ce genre de classe. Il faut en effet jongler
avec les programmes scolaires de tous les cycles, c'est du travail.
Puis cela peut faire peur. C'est une organisation complètement
différente. Toutefois, je préfère avoir une
petite classe avec différents âges qu'une classe
classique avec beaucoup d'élèves. Surtout, je suis
convaincu que les élèves sont plus épanouis."
L'avantage pour les enfants ? " Les petits sont tirés
vers le haut par les grands et les grands sont sans cesse sollicités
par les petits. S'ils n'arrivent pas à leur expliquer,
c'est qu'ils n'ont pas compris. Pour l'instant, mes CM 2 qui sont
passés en 6e n'ont aucun problème d'adaptation.
Et ils sont très bons. "
Alexandra Echkenazi
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