La dépêche de L'AEF (avec son aimable autorisation)

"Ecole et Territoire" dépose un recours au Conseil d'Etat pour la fermeture d'une école rurale


Par Gilles Leluc gilles.leluc@L-aef.com
04 72 77 96 72
Lyon, le 05/11/2002 Domaine(s) : Ecole - Collège - Lycée
Rubrique(s) : Collectivités territoriales / Justice
Lyon, correspondance

"Ecole et Territoire", "association nationale pour la promotion de l'école rurale", a décidé de déposer un recours au Conseil d'Etat pour faire annuler la décision de l'Inspection d'académie de l'Ardèche de la fermeture d'une école rurale. Cette décision fait suite à deux jugements en référé, en date du mois d'octobre 2002, au tribunal administratif de Lyon, qui n'ont pas donné satisfaction à l'association. Depuis 1999, Ecole et Territoire s'est engagée dans un combat juridique contre les fermetures d'écoles rurales.
Elle dénonce des pratiques qui sont, dit-elle, rarement en conformité avec les textes législatifs en vigueur.
Lionel Paillardin, président d'Ecole et Territoire, répond à L'AEF sur les motivations et les actions de l'association.

L'AEF: L'association Ecole et Territoire a défendu, au tribunal administratif de Lyon, début octobre, le cas d'une école rurale menacée de fermeture en Ardèche. Avez vous bon espoir ?
Lionel Paillardin : Le juge a trouvé "qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée", alors que nous avons montré l'erreur manifeste d'appréciation et au moins quatre vices de forme. Nous avons déposé immédiatement un nouveau référé basé sur de nouveaux moyens et le juge ne reconnaît toujours pas, le 22 octobre dernier, l'obligation de consultation du CDEN (Conseil Départemental de l'Education nationale) avant la décision de fermeture. Nous allons donc devant le Conseil d'Etat.

L'AEF: Pouvez-vous nous situer l'affaire dans son contexte ?
Lionel Paillardin : L'affaire concerne la fermeture d'une école à classe unique à Saint-André-Lachamp, en Ardèche. Il ne s'agit pas d'un bourg mais d'une commune qui réunit 27 hameaux disséminés sur des dizaines de kilomètres. L'école présentait un effectif de 11 élèves, dont 5 enfants de deux ans. L'inspecteur d'académie a d'abord comptabilisé ces enfants dans l'effectif scolaire, avant d'estimer qu'ils ne sont plus scolarisables. Pour nous, cette erreur d'appréciation s'accompagne de la non prise en compte du Code de l'éducation qui stipule que l'accueil des deux ans est prioritaire en zone rurale, de montagne et en zone urbaine défavorisée. Cette décision a pour conséquence, pour les certains enfants, des temps de transport scolaire de deux heures par jour pour rejoindre l'école de Joyeuse située à une vingtaine de kilomètres. Le trajet s'effectue sur une route qui fait parfois moins de 2 mètres, et le temps de ramassage est très long, du fait d'un habitat très clairsemé. Il faut ajouter à cela des temps de garderie supplémentaires, soit près d'une heure et demi par jour. Par ailleurs, la municipalité s'est engagée dans une action de revitalisation, notamment en créant un lotissement. Qui va venir habiter là s'il n'y a plus d'école ?
Nous n'avons jamais eu autant de motifs pour gagner. Le Conseil d'Etat nous a déjà donné raison par le passé pour de tels motifs. Nous déposons ce nouveau recours aujourd'hui.

L'AEF: Ecole et Territoire semble avoir pour principale action les recours en justice pour régler ces questions. Quels sont l'origine et l'objet de l'association ?
Lionel Paillardin : Nous regroupons une centaine de communes originaires de 28 départements de l'Est, du Sud-Est et du Sud-Ouest, qui agit pour la défense et le maintien de l'école rurale. Nous agissons principalement pour des communes de moins de 1000 habitants, dans l'esprit d'un meilleur aménagement du territoire. Nous ne voulons pas maintenir une école par village, ce qui est irréaliste, mais nous voulons éviter des regroupements scolaires qui sont aberrants. Des regroupements "pédagogiques" intercommunaux ont été programmés par Lionel Jospin quand il était ministre de l'Education nationale, mais ils ne nous donnent pas satisfaction, car ils entraînent souvent la dévitalisation des villages. Nous avons contribué a la circulaire de Ségolène Royal de décembre 1998 sur "L'avenir du système éducatif en milieu rural isolé", qui plaide pour le maintien d'écoles à classe unique et le développement du travail en réseau. Cette circulaire n'a pas été suivie d'effets. Le moratoire Balladur de 1993 qui interdisait la fermeture de services publics dans les communes de moins de 2 000 habitants a été abrogé, et le nouveau décret du 20 octobre 1999, qui modifie l'ancien décret de mai 1982 relatif au fonctionnement des services publics, stipule l'obligation d'une concertation locale et d'une étude d'impact analysant les conséquences économiques et sociales de la fermeture d'un service public. Les IA poursuivent malgré tout une politique de fermeture des petites écoles.

L'AEF: Depuis quatre ans, avez-vous défendu beaucoup de cas d'école devant les tribunaux ?
Lionel Paillardin : Depuis 1999, nous avons engagé une douzaine de recours et sur le fond, nous avons toujours gagné, en première instance ou en appel. Depuis 2000, le nouveau code de la justice administrative a remplacé l'ancien sursis à exécution par le référé suspension. Cette procédure peut aboutir en 15 jours, contre six mois à un an auparavant. Il faut montrer qu'au moins un point soulevé au fond est bon, qu'il y a vice de forme par exemple, et surtout qu'il y a urgence, comme l'impossibilité de transport pour les enfants. Un des principaux moyens que nous soulevons auprès des tribunaux est la durée des transports scolaires. Il y a jurisprudence sur cette notion de durée, le Conseil d'Etat reconnaissant que le transport scolaire ne devrait pas excéder une heure et demi par jour. Nous avons défendu par exemple le cas d'un collège du Cantal où certains enfants avaient trois heures de transport scolaire par jour. C'est une situation intolérable. Nous souhaitons que l'administration admette que le transport scolaire ne doit pas excéder par une heure par jour. Il faut prendre aussi en considération les conditions géo-climatiques. En montagne, il y a danger en permanence.

L'AEF: Quel est votre sentiment à l'égard de la baisse des effectifs annoncée par le ministère de l'Education nationale ?
Lionel Paillardin : En supprimant ou en ne renouvelant pas un certain nombre de postes, je ne vois pas comment les choses iront dans notre sens. A la suite de nos recours, les recteurs doivent restituer les postes supprimés, mais leur enveloppe ne leur laisse aucune marge. Ils sont coincés entre les décisions de la Justice et celles de leur ministère. L'Etat devrait tout faire pour faciliter la revitalisation des communes afin qu'elles atteignent un seuil de population qui a une légitimité économique et sociale. Maintenir l'école rurale est d'un des moyens de soutenir cette politique, mais pas le seul. Il faut lui adjoindre d'autres stimulations pour créer de l'habitat et du commerce. L'action d'Ecole et Territoire s'inscrit dans une vision plus large de réaménagement du territoire.

L'AEF: Avez-vous recensé le nombre d'écoles menacées de fermeture ?
Lionel Paillardin : Il reste près de 7 200 écoles à classe unique en France. Il y en avait 19 000, il y a 15 ans. Nous voulons dénoncer le système actuel qui favorise la dévitalisation du monde rural. Il faut savoir qu'un instituteur de classe unique gagne 10 points d'un coup en cas de fermeture de son école.

Contact : Ecole et Territoire, Lionel Paillardin, président, 04 92 66 33 33,
ecole.et.territoire@wanadoo.fr Site internet: http://perso.wanadoo.fr/ecole.et.territoire

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