Ecoles et collèges ruraux - Ces classes qui se serrent les coudes
C'est, semble-t-il, une tendance lourde : les petites écoles et les petits collèges ruraux ferment. Après avoir dénigré pendant longtemps, et surtout à tort, la qualité de l'enseignement qui y est dispensé, les pouvoirs publics arguent aujourd'hui de la nécessité de faire des économies ! Un argument bien dérisoire au regard des enjeux de l'éducation pour le développement d'une société.

« Cette année, ça va être catastrophique ! » Lionel Paillardin, président de l¹association École et territoire, regarde défiler les courriels qui lui arrivent. En ce début d'année, les messages viennent des quatre coins de l'Hexagone, imprégnés de la même crainte : celle de la fermeture d'écoles et de collèges ruraux. « Il est prévu 4 500 postes en moins pour l'année, alors on grappille, en ville comme à la campagne. » Il n'existe plus de seuil d'effectifs défini au plan national, seuil en deçà duquel la fermeture est inéluctable. Chaque inspection académique met en place ses propres critères. Tous les ans, le ministère de l'Éducation nationale répartit les postes d'enseignants par rectorat, puis les recteurs transmettent aux inspecteurs le nombre de postes affectés à leur département. La tendance est à la diminution, il faut faire baisser les impôts. Cette année en particulier, les mois de janvier et février avec la nouvelle carte scolaire, sont synonymes d'inquiétude et de mobilisation.
« Dans l'Aveyron, il faudrait soi-disant dix-sept postes en moins, alors même que la population ne diminue pas, » s'insurge Lionel Paillardin. Yannick Passe, enseignante en classe unique dans un village d¹Indre-et-Loire, s¹inquiète : « La situation dans ma classe a évolué : nous sommes à vingt-neuf enfants de 4 à 10 ans, avec une ATSEM (*) et un assistant d'éducation trois jours par semaine. La situation est difficile à gérer au niveau travail, mais a priori, il n¹y a pas d¹autres possibilités et surtout pas de création de poste ! Mes conditions de travail et de "survie" sont de plus en plus pesantes. Je suis très inquiète par ce sacrifice programmé des petites écoles, car tous les regards, du moins ceux des décisionnaires, sont détournés des zones rurales. » Dans ce département, sept cents élèves supplémentaires sont attendus à la rentrée dans le premier degré alors que la carte scolaire ne prévoit de lui attribuer que dix-huit postes supplémentaires. Dans le Loir-et-Cher, tout début janvier, Michel Baron, enseignant, s¹inquiète de la prochaine carte scolaire. « Rien n¹est encore dévoilé, même si l'on sait déjà qu'il faudra accueillir plus d¹élèves avec moins de postes. La situation risque d¹être tendue pour l¹accueil en maternelle, et aussi pour d'éventuelles ouvertures notamment en milieu rural. À Sambin, par exemple, ouvrir une troisième classe, c'est "accepter" trois classes d'à peine vingt élèves, ce qui est trop peu pour l'administration. Alors, tant pis, l'école continuera vraisemblablement avec deux classes de presque trente, comportant chacune quatre et cinq niveaux. » Patrick Bec, dans le Cantal, fait le même constat. « Dans notre département, il devrait y avoir cent vingt élèves supplémentaires à la rentrée. Pourtant on annonce neuf postes en moins et la fermeture de quinze à vingt classes rurales ! » Bref, rien de bien reluisant. Cet état de fait n¹est pas nouveau, et, à ce sujet, des chiffres très officiels circulent : de 19 000 écoles à classe unique en 1960, on est passé à tout juste 5 000 aujourd¹hui.

 

Les économies d'échelle comme ligne politique

Pour École et territoire, « la volonté de fermeture des petits services publics ruraux est directement liée au fait que l¹État cherche à freiner ses dépenses et qu'un des moyens d'y parvenir est de fermer les petits services publics de proximité (écoles, postes, gares, perceptions, hôpitaux) et de les regrouper au sein de structures de plus grande taille : il s'agit des économies d'échelle. Mais les gains réalisés le sont à court terme et ce au seul bénéfice de l'Éducation nationale. Car les communes et les départements, eux, voient leurs charges augmenter d'autant. L'administration ne tient pas non plus compte des autres coûts induits, certes pas toujours faciles à chiffrer : coûts liés aux transports (danger, stress, fatigue, pollution), coûts qu'entraîne la désertification des petits villages (perte de lien social, dévitalisation, etc.) ». Étienne Anquetil, président de la Fédération nationale pour l'école rurale (FNER), prône la vigilance. Selon lui, ce mouvement de fond qui vise à économiser des postes menace particulièrement les classes uniques et les écoles à deux classes. « La logique des autorités administratives est, dit-il, très technique et très chiffrée. Les attaques que subit l'école rurale sont liées à des contraintes budgétaires, en dépit des nombreuses études qui montrent les atouts et les richesses des petites écoles. » Malgré les inquiétudes que suscite l'avenir, la FNER poursuit son action et cultive l'espoir. « Nous essayons de trouver des solutions, d¹échanger et de diffuser nos pratiques. » La Fédération se veut un laboratoire, une boîte à idées et les élus, les parents et les enseignants qui l'animent y retrouvent du sens : on se focalise sur l'intérêt de l'enfant.
L'école en milieu rural est très diverse, il n'y a pas de modèle unique. Certaines écoles connaissent des baisses d'effectifs, d'autres les voient exploser et ne peuvent plus accepter les tout petits, faute de pouvoir leur offrir des conditions d'accueil adaptées. Dans certaines régions, l'enseignement privé côtoie le public dans toutes les communes ; ailleurs, on a préféré maintenir des écoles dans les petites communes ; là, on a eu tendance à concentrer les enfants dans les bourgs centres. Des communes ont développé des services : cantine scolaire, garderie matin et soir, au risque d'allonger la journée des enfants pour rendre service aux parents. Ailleurs, des systèmes plus simples et moins collectifs fonctionnent tout aussi bien et s'éloignent des schémas un peu standardisés : réseau d'entraide le midi ou accueil après l'école par des assistantes maternelles. Là encore, pas de modèle unique.

 

Les enfants plus autonomes et mieux organisés

Quant à la qualité des petites structures ­ une majorité en milieu rural ­, elle n¹est plus à démontrer. En 1990, Françoise ‘uvrard, de la direction de l¹évaluation et de la prospective du ministère de l¹Éducation nationale, rend une étude qui conclut que « le niveau de connaissances des élèves des petits établissements scolaires est identique ­ voire supérieur ­ à celui de l¹ensemble des élèves en CE2 et en 6eŠ » Or, c¹est le discours inverse qui a longtemps prévalu. Promouvoir le modèle urbain, avec un niveau par classe, pour son efficacité était le meilleur moyen de justifier les fermetures de petites écoles. Les conclusions de cette première étude officielle ont depuis été confirmées par de nombreux travaux. En 1996, l¹Institut de recherche sur l¹économie de l¹éducation (IREDU) publie une étude de Christine Leroy-Audouin et Alain Mingat sur l¹efficacité pédagogique des groupements d¹élèves dans l¹école primaire rurale en France. Elle souligne à quel point les enfants issus de cours multiples ou de classes uniques ont tendance à mieux progresser en 6e et à mieux s¹y intégrer. Ils ont en outre moins de risque de redoubler la 6e que les élèves qui ont fréquenté des classes à un seul niveau en primaire. Les enfants issus des bancs des classes à plusieurs cours sont en effet habitués à être plus autonomes, à travailler davantage seuls et à mieux s¹organiser. Des classes multiniveaux et des classes uniques ouvrent d¹ailleurs en ville. Philippe Lamy et Patrick Clerc, tous deux enseignants en région parisienne et partisans de ces classes multi-âges, s¹étonnent de voir fermer les petites écoles rurales : « Nous appliquons dans nos classes les méthodes éprouvées par des générations d¹instits en zone rurale et nous assistons à leur disparition progressive ! » Aujourd¹hui, les décisions de fermeture négligent la qualité de la pédagogie pratiquée dans les petites écoles et s¹appuient sur des choix budgétaires. Mais d¹autres recherches de l¹IREDU ont attiré l¹attention sur le transfert de charges qui accompagne la restructuration : la part des collectivités locales dans le financement de la dépense d¹éducation est passée de 15,6 % en 1974 à 22,4 % en 2000, tandis que diminuait en contrepartie celle de l'État (de 65,9 à 60,6 %). L'économie n¹est donc pas avérée pour tout le monde, d'autant que les collectivités supportent aussi le coût des services : cantines, garderies, activités périscolaires, transport.

 

Étrange concertation

Ce qui frappe à la lecture des textes du ministère, c'est que l'administration semble promouvoir un modèle unique qui contraste avec la diversité du terrain. Et tous les arguments sont bons, dès lors qu'ils servent les restrictions budgétaires. Ainsi, le ministère a publié un texte sur la mise en réseau des écoles qui effraie les partisans des écoles rurales. Localement, des enseignants ont expérimenté des fonctionnements en réseau qui font leur preuve (rupture de l'isolement, échanges et travail en équipe) et l'administration veut les systématiser. D'aucuns y voient l'occasion de mettre en place des regroupements de groupements qui aboutiraient à nommer un directeur unique pour une trentaine de classes et, à terme, à la possibilité de fermer les petites unités qui ne seraient plus « rentables ». Or, rétorque Étienne Anquetil, « les réseaux qui fonctionnent bien sont ceux qui sont liés à une dynamique et à un projet ». Les décréter pour tous par un mot d'ordre ministériel semble illusoire et surtout vide de sens. Le risque de voir aboutir les mises en réseau-fermetures est d'autant plus grand là où parents et élus ne réagissent pas. Car, « quand il y a mobilisation, les autorités administratives font des efforts. On n'aime pas les vagues ». À Plougasnou (voir encadré), la lutte commence sans certitudes sur l¹issue de la mobilisation. À Ardes, dans le Puy-de-Dôme, la concertation voulue par les textes prend une tournure étonnante. « J¹ai appris le projet de fermeture du collège par médias interposés, regrette Bernard Veissière, maire de la commune et conseiller général. Pas un des élus concernés n'a été informé et associé à une réflexion en amont. Je trouve la démarche inacceptable. On prend les élus pour des demeurés. » De son côté, le chef de l¹établissement qui ne compte plus que cinquante-six élèves, n¹a pas eu plus d¹informations. « On est assommés », dit-on au collège. « Je pensais que dans ce pays, il y avait un certain savoir-vivre, fulmine Bernard Veissière. Je trouve que c¹est affligeant pour la démocratie. » Alors, élus, enseignants et parents se serrent les coudes pour monter un dossier technique complet. Les arguments sont aussi bien géographiques ­ les distances parcourues chaque jour par les élèves pour regagner le collège dans cette zone de montagne qui s¹échelonne de 600 à 1 200 mètres d¹altitude dépassent parfois les 20 kilomètres ­ que démographiques ­ depuis quelques années, de nouvelles familles tendent à venir s¹installer dans cette vallée. « Si on ferme l'établissement, on triche avec ces nouveaux venus qui comptent sur le collège », déplore l¹édile.

 

Sauver le collège

Face au risque de fermeture de collèges, certains ont su développer des atouts qui ont eu un impact direct sur les effectifs. Ainsi, à Saint-Martin-Valmeroux, dans le Cantal, le projet pédagogique attire une majorité d'élèves venus de l'extérieur (voir encadré). À Marciac, dans le Gers, c'est aussi un projet fort qui a sauvé le collège et contribué à transformer toute la vie du village. En 1992, le collège ne comptait plus que 90 élèves. Jean-Louis Guilhaumon, le principal de l¹établissement, crée l'année suivante les ateliers d'initiation au jazz, avec le soutien de l'Éducation nationale. C¹est l'une des facettes du projet Jazz in Marciac. Aujourd'hui, le collège compte 195 élèves, dont la moitié vient de l'extérieur pour pratiquer cette option. « Nous n'arrivons pas à faire face à la demande car nous sommes limités par la taille de l'internat, explique Jean-Louis Guilhaumon. Il existe des perspectives pour les établissements ruraux, sous réserve de construire des projets innovants qui s'appuient sur l'environnement local et contribuent au développement des enfants. » À Tence, en Haute-Loire, c'est aussi un projet d'établissement fort qui a permis de développer les effectifs, cette fois en recrutant uniquement sur le périmètre officiel de l'établissement. Le collège public ne comptait plus que 87 élèves en 1980, ils sont aujourd'hui 185. Sur cette zone de plateau, les élèves appartiennent à des familles de catégories socioprofessionnelles plutôt défavorisées. Le projet d¹établissement est centré sur l¹ouverture vers l'extérieur, afin de pallier les manques. Cela se traduit par des visites, des sorties, des échanges avec des pays étrangers, un investissement sur les technologies de communication. L'établissement a également ouvert une section rugby, suite à la création d'un club et d'une école de rugby par des jeunes sur le plateau. Durant la pause de midi, grâce à un contrat éducatif local, les élèves peuvent à loisir pratiquer chant en chorale, échecs, calligraphie, théâtre-santé en partie avec les élèves de l¹école primaire voisine. Le dernier projet en date est l'accueil d'élèves handicapés dans l'établissement. Tous les mardis, sept jeunes handicapés fréquentent quelques cours du collège. « Cela rejoint le travail que nous faisons avec les élèves sur l'accueil de l'autre et la tolérance, explique Michel Levent, chef de l¹établissement. Les débuts sont encourageants et nous devrions accueillir une classe d¹enfants handicapés à temps complet à la rentrée de septembre. » Est-ce à dire que pour survivre le système éducatif en milieu rural doit faire toujours plus pour prouver son intérêt pédagogique et son impact sur le développement des territoires ? Les arguments économiques sont bien pauvres dans une société dont le développement repose en grande partie sur l'économie des savoirs et la richesse des hommes. La perspective d'une baisse des impôts (du moins, on l¹aura compris, de la part payée à l¹État, quand celle qui est prélevée par les collectivités locales augmente d'autant si ce n'est davantage) serait-elle plus enthousiasmante et porteuse de sens que la formation de citoyens éclairés, responsables, acteurs de leur destinée et solidaires ?

(*) Les ATSEM (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) sont rémunérés par les collectivités locales.

 

 

 


Les chiffres officiels

Difficile d'obtenir des chiffres sur les écoles et collèges ruraux. La plupart des statistiques produites et publiées par le ministère de l'Éducation nationale sont globales et ne distinguent pas rural et urbain. D'autre part, depuis 1999, de nombreux directeurs d¹école sont en « grève administrative » et les données sur le premier degré sont très incomplètes.
En 2002, le ministère dénombrait dans l¹espace à dominante rurale (nouvelle nomenclature Insee comprenant les petites unités urbaines et communes rurales) un peu plus de 3 100 écoles maternelles et presque 12 000 écoles primaires publiques ou privées.
Ces établissements se caractérisent par leur petite taille. En effet, près de 30 % des écoles élémentaires des communes rurales ne comportaient en 1999 qu'une seule classe, essentiellement dans le secteur public. L'appellation « école à classe unique » regroupe l'ensemble des écoles qui ne comportent qu'une seule classe (qu'elles soient « indépendantes » ou qu'elles fassent partie d'un regroupement pédagogique intercommunal ou d'un réseau). Le nombre de ces classes uniques est en constante diminution et plus de 2000 fermetures ont été comptabilisées entre 1990 et 2000. La France comptait près de 11 800 classes uniques en 1980, contre moins de 5 000 aujourd¹hui (principalement dans le public).

Tous les travaux menés sur le niveau en maths et en français des élèves issus des petites classes rurales montrent que les ruraux réussissent en moyenne aussi bien, voire mieux, que les enfants des villes, alors même que les classes rurales réunissent des enfants de milieux en moyenne plus populaires.

En 2004, la France comptait 1 047 collèges ruraux publics ou privés sur un total de 6 770. Plus de 400 de ces établissements avaient moins de 200 élèves (dont 38 % dans le privé).

Le transport scolaire dessert les élèves domiciliés à plus de 3 km de l¹établissement scolaire le plus proche. Il est à la charge des conseils généraux, qui facturent ou non une partie de ce coût aux familles.
Dans l'Hérault, la tarification se fait en fonction du quotient familial des familles et 58 % d¹entre elles bénéficient de la gratuité. En Haute-Loire, le conseil général prend en charge 70 % du coût de transport et veille à ce que les familles ne dépensent pas plus de 15 euros par mois et par enfants.
En Haute-Marne et dans l'Aube, les conseils généraux ont adopté la gratuité pour les familles et financent intégralement les coûts de transport scolaire.

 

 

 


Avis de tempête sur Plougasnou

Janvier 2005, le maire de Plougasnou et la directrice de l¹école de Kerénot reçoivent un courrier : dans le cadre du pré-projet de carte scolaire, les deux postes de l'école doivent être supprimés à la rentrée. Une décision qui vient s¹ajouter au projet de fermeture du collège de cette commune côtière du Finistère.

La tempête couvait pour le collège. Déjà en décembre 2003, plusieurs communes du Finistère apprennent dans les colonnes de Ouest-France que leur collège est menacé de fermeture. Élus locaux et parents réagissent alors vivement. À Commana, un comité de défense des collèges ruraux est même constitué. Le conseil général commande un audit pour établir une projection d'effectifs sur tout le département.
La tension se relâche, à Plougasnou on ne parle plus de fermeture mais de projet de réseau avec le collège de Lanmeur pour offrir une plus grande palette d¹options aux enfants. Et puis de nouveau, à la veille des vacances de Toussaint 2004, les conclusions de l'audit relancent le débat : diminution des effectifs au nord, augmentation au sud du département. À Plougasnou, c'est donc une baisse qui est annoncée. Élus et parents contestent ces chiffres, mettant en avant les projets de constructions de lotissements et l'arrivée prochaine d¹enfants de gendarmes maritimes. Réunions, manifestations, pétition, actions festives, il faut tout redémarrer pour attirer l'attention et éviter le pire, d'autant qu'en janvier, c'est la petite école de Kerénot qui craint sérieusement pour son avenir. Cette école de deux classes située dans un hameau a déjà perdu un poste à la rentrée 2004. Pourtant, la commune vient à peine de finir les importants travaux de rénovation qu'elle y avait entrepris. Au fil des ans, et en l'absence de périmètre clairement défini par la municipalité, certaines familles ont préféré scolariser leurs enfants sur l'école du bourg souvent pour des raisons pratiques, parfois par méconnaissance des classes multiniveaux. À cela s'ajoute la flambée de l'immobilier qui limite l'installation de jeunes familles. Kerénot réunit donc des enfants qui habitent tout près et des partisans de cette petite structure, Plouganistes depuis plusieurs générations et nouveaux venus attirés par ce lieu de vie qui promeut l'entraide et le respect de l¹autre.
Michel Le Bris, écrivain breton qui a fréquenté l¹école, a prêté sa plume aux défenseurs de Kerénot, des contacts ont été pris avec les maires ruraux et des associations de défense de l¹école rurale. « Notre action dépasse le simple cas de Kerénot, estime Françoise Genevois, maman d¹élève. C¹est un combat pour un choix de vie et de société. » L¹académie devait se prononcer définitivement le 10 février.

 

 

 

Il fait bon aller à l'école de Saint-Loup
Ils sont vingt-quatre en maternelle, autant en primaire. À l¹école de Saint-Loup-sur-Aujon, les effectifs remontent. De nouvelles familles sont venues s¹installer dans les six communes concernées par ce regroupement pédagogique intercommunal de Haute-Marne. Les locaux sont presque neufs, construits par la communauté de communes. Il fait bon aller à l¹école de Saint-Loup, disent les enfants et les maîtresses. Cela tient à un engagement conjoint des enseignantes, des élus et des parents. Les instits ont d¹abord mis sur pied un projet d¹école, régulièrement discuté avec les familles. Centré au fil des années sur la citoyenneté, le respect de l¹autre, la mémoire, il induit aussi bien des pratiques de réunion où les enfants ont toute leur place pour discuter des règles de vie commune, que le développement d¹un projet artistique et culturel. L¹équipe enseignante saisit les opportunités qui s¹offrent à elle : fréquentation de la médiathèque cantonale, piscine, voile, classe de mer, spectacles, correspondance scolaireŠ Le tout grâce à la mise à disposition de minibus par la communauté de communes et à l¹aide financière de l¹association de parents d¹élèves qui organise loto, bal, kermesses Chaque maîtresse a ses domaines de prédilection et en fait profiter tous les enfants, quel que soit leur âge. Muriel est passionnée par l¹histoire et les arts plastiques, Carole est plus branchée sciences et sport, alors elles s¹échangent leurs élèves ou font travailler ensemble petits et grands. Les CP retournent avec joie à la maternelle pour faire des jeux de mémoire avec Hélène et les « grande section » les rejoignent en primaire pour apprendre l¹anglais. L¹école bénéficie aussi des moyens mutualisés par l¹association La Montagne. Trottinettes, vélos, mallettes pédagogiques circulent entre les écoles du sud haut-marnais. Et puis, tous les lundis et vendredis, le rythme des enfants prend une autre allure, grâce au contrat éducatif local. La pause de la mi-journée est plus longue pour leur permettre de pratiquer relaxation, gym, théâtre, course d¹orientation, fabrication de jouets en bois, microfuséesŠ Les quelques heures de classe perdues sont ensuite grignotées sur les grandes vacances. Du coup, tout au long de l¹année, les enfants vivent davantage à leur rythme. L¹école s¹adjoint des compétences extérieures ; Patrick, instituteur spécialisé en multimédia, est venu aider les maternelles à créer un cédérom à partir de comptines, de dessins, et les grands à mettre en pages leurs carnets de voyage. Elle est aussi ouverte aux jeunes en formation à l¹IUFM, qui viennent mettre en application leurs cours à la maternelle. À l¹école de Saint-Loup, il n¹y a qu¹à voir : les tout petits ne pleurent même pas le jour de leur première rentrée.

 

 

Ouvertures, fermetures, ce que disent les textes

Chaque année, les recteurs d¹académie arrêtent les critères de répartition des postes d¹enseignants et leur nombre entre les départements de l¹académie. En fonction des prévisions d¹effectifs pour l¹année scolaire suivante, des taux d¹encadrement des élèves, des contraintes liées à la ruralité et à l¹existence ou non de projets éducatifs cohérents, de l¹accueil d¹élèves handicapés ou en difficulté, etc., des projections sont faites pour la répartition des postes dans les écoles. Les textes indiquent qu¹« une perspective pluriannuelle sera bien entendu privilégiée, intégrant l¹analyse rétrospective des rentrées scolaires précédentes et une analyse prospective des années scolaires suivantes ». Un schéma territorial annonce clairement les objectifs visés et sert de base au débat engagé tous les ans durant le premier trimestre au sein des « instances de concertation », notamment le Conseil départemental de l¹Éducation nationale (CDEN). Ce dernier regroupe des représentants des élus, des enseignants et des parents d¹élèves. Les textes favorisent le dialogue entre l¹État et les communes. « Les maires et les présidents d¹EPCI sont, en toute hypothèse, tenus informés par les inspecteurs d¹académie des conditions d¹accueil des élèves à la rentrée scolaire et des prévisions d¹effectifs établies par les directeurs d¹école. Ils sont consultés sur les projets d¹affectation et de retrait des postes. » Depuis 1999, avant la fermeture d¹une classe, comme de tout autre service public, une étude d¹impact analysant les conséquences économiques et sociales de la fermeture devait avoir été menée (décret 99-895, modifiant le décret
82-389). Mais un décret du ministre de l'intérieur (un certain Nicolas Sarkozy) daté du 29 avril 2004 (décret 2004-374) supprime cette contrainte. Si d¹aucuns annoncent l¹adoption d¹un article additionnel (37 F) de la loi de développement des territoires ruraux qui restaure cette concertation, les partisans de l¹école rurale jugent que ce dernier laisse la porte ouverte à des décisions unilatérales et sans appel.

Pour en savoir plus :
Circulaire n° 2003-104 du 3 juillet 2003 du ministère de l¹Éducation nationale sur la carte scolaire du premier degré public : www.education.gouv.fr/bo/2003/MENE0300766C.htm
Projet de loi relatif au développement des territoires ruraux : www.senat.fr/leg/pjl04-027.html

 


Miracle à Saint-Martin-Valmeroux ?

Il y a quatre ans, le couperet tombe à Saint-Martin-Valmeroux, dans le Cantal. L¹inspecteur annonce la fermeture du collège qui ne compte plus que 43 élèves. L¹établissement, doté d¹un internat, a dans ses heures de gloire accueilli près de 150 collégiens. La baisse démographique et les nombreuses dérogations accordées pour des élèves du secteur expliquent la chute des effectifs. Pour éviter la fermeture, la commune réclame une étude d¹impact et fournit un rapport étayé qui conduitŠ à une suspension du collège pour une année. « Autant dire une fermeture déguisée ! », s¹exclame Christian Fournier, maire de Saint-Martin. Une fois les familles habituées à un autre système, comment imaginer revenir en arrière un an plus tard ? Cependant, la commune ne baisse pas les bras et conteste la décision de l¹inspecteur devant le tribunal administratif de Clermont. Parallèlement, un travail est engagé avec l¹équipe pédagogique pour imaginer un collège alternatif, inspiré de la pédagogie Freinet. À l¹époque, le ministère de l¹Éducation appelle de ses v¦ux l¹expérimentation de collèges pionniers. Saint-Martin sera l¹un d¹eux et la réouverture est possible, en tant qu¹antenne du collège de Mauriac. Car, même si la commune a gagné devant le tribunal, le préfet a prononcé la fermeture administrative de l¹établissement, contre l¹avis du conseil général. Il n¹a donc plus d¹autonomie juridique et la bataille fait toujours rage devant les tribunaux. Mais voilà, il y aujourd¹hui 63 élèves au collège. Quarante d¹entre eux viennent de l¹extérieur du département, attirés par la pédagogie pratiquée. L¹internat rénové par le conseil général affiche complet, la commune a même dû proposer à 7 élèves de loger dans un gîte d¹étape pour pallier le manque de places. Geneviève Vanhove a déménagé du Nord pour permettre à son fils de fréquenter le collège.
« Mon fils avait besoin d¹une scolarité différente. Sa première expression à la rentrée a été de dire que pour la première fois, il allait au collège sans boulet ! Il s¹est senti reconnu en tant qu¹individu. » Son année a Valmeroux a relancé sa scolarité. Dans cet établissement où il n¹y a ni 6e, 5e, 4e ni 3e, mais des groupes à géométrie variable suivant les thèmes, où l¹on pratique le croisement des disciplines et où chacun participe à l¹entretien et la gestion du lieu, les parents aussi se sentent écoutés et s¹impliquent. Pour autant, Christian Fournier continue à imaginer l¹avenir :
« On entend trop souvent qu¹on n¹a pas su s¹adapter. On essaye toujours de nous culpabiliser. » Alors il songe à un fonctionnement innovant en réseau, avec deux autres collèges ruraux situés sur la même communauté de communes, au sein duquel chacun aurait ses spécificités. Il espère aussi que le ministère aura le cran de maintenir des établissements différents et que l¹État saura aller dans le même sens qu¹un département qui cherche à regagner des habitants.

 

Contact :

Collège pionnier de la Maronne,
15140 Saint-Martin-Valmeroux. Tél. : 04 71 69 20 41.
Site Internet : www.ac-clermont.fr/etabliss/college-valmeroux

 

Pour en savoir plus

 

A CONTACTER

École et territoire est composée de différentes associations départementales, d'élus et de l'Association des élus de la montagne (Anem).
Elle considère la proximité du service public de l¹éducation comme un outil indispensable à la qualité de vie et à l¹aménagement du territoire. L¹association existe depuis 1997 et remplit différents rôles : conseils, défenses, propositions, École et territoire a développé un véritable savoir-faire pour lutter sur le plan juridique contre les fermetures, une fois que la décision est prise par les autorités administratives et que la partie semble perdue.
École & territoire, 12360 Mélagues.
Tél. et Fax: 04 92 66 33 33 http://assoc.wanadoo.fr/ecole.et.territoire

La Fédération nationale pour l¹école rurale (FNER) est composée d¹enseignants, élus, parents et amis de l¹école rurale. Elle compte des représentants dans une quarantaine de départements. Elle est indépendante de tout mouvement politique, confessionnel ou syndical. Elle cherche à promouvoir, à partir d¹expériences existantes, une école rurale ouverte sur l¹avenir, innovante et dynamique, tant sur le plan de l¹acquisition des savoirs que sur celui de la formation des individus et des groupes. Elle encourage les échanges et la coopération et défend un service public de qualité.
La FNER fonctionne en réseau.
Pour en savoir plus, voir son site Internet http://ecole-rurale.marelle.org

Le collectif pour la défense de l¹école de proximité regroupe parents, praticiens de l¹école, chercheurs, élus, membres d¹associations, d¹organismes, de syndicats et de partis politiques de tous horizons et sensibilités. Au-delà de la défense de l¹école de proximité, il vise à promouvoir l¹information, le débat, et l¹implication des parents/citoyens dans des projets d¹école ouverts sur leur environnement. Il fournit des pistes face à des menaces de fermeture d¹écoles ou de collèges et conseille les parents et citoyens pour le montage d¹actions.
Collectif pour la défense de l¹école de proximité. 112 cité Forges 85000
La-Roche-sur-Yon. Tél. : 02 51 37 35 17.
Mél. : ecoledeproximite@yahoo.fr
Nicole Guérin, Tél. : 06 87 48 74 19. Coordinatrice : Jacqueline Boucher,
Tél. : 06 22 13 57 29.
Site : www.prisme-asso.org/ecoledeproximite

 

DATE : 01 Mars 2005
AUTEUR : Claire Lelièvre
Revue - n° 73 - 

 

 

   
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